La découverte incroyable d'une tête de Saint Jean-Baptiste
C’est en travaillant sur l’inventaire des biens du couvent des Soeurs-Noires à Mons, actuellement occupé par l’UCL FUCaM Mons, qu’a été découvert une tête de Saint Jean-Baptiste décollée, dans une armoire encore jamais ouverte.
Après examen, la tête a été considéré d’excellente qualité et d’un grand intérêt et a été amenée à l’Institution royale du patrimoine artistique. Mais à cause de l’état de conservation déplorable de la sculpture, l’IRPA a proposé une étude préalable afin de déterminer un protocole de restauration optimal. Une recherche en histoire de l’art a été menée en parallèle par Sarah Collard (UNamur) sous la supervision de Michel Leftz.
Et d’où vient cette œuvre ?
Cette tête de saint Jean décollé sur un plateau, est à mettre en relation avec la confrérie de la miséricorde, présente à Mons depuis le 17e siècle.
Les confréries de la miséricorde sont originaires d’Italie où, à la suite du Concile de Trente, leur création est fortement soutenue et encouragée pour promouvoir et entretenir la dévotion religieuse. Le rôle de ces confréries était principalement de visiter et de guider spirituellement les condamnés à mort.
L’image de Saint Jean-Baptiste, lui aussi condamné à mort et exécuté, était utilisée comme exemple pour les aider à affronter la mort dans la paix et la sérénité de la foi.
Mais qui est Saint Jean-Baptiste ?
Saint Jean-Baptiste est un personnage majeur du christianisme et de l’islam. Il est un prédicateur juif contemporain de Jésus (parfois considéré comme son cousin selon certaines traditions).
Selon la bible, Saint Jean-Baptiste reproche fortement à Hérode Antipas (roi de Galilée et de Pérée) d’épouser Hérodiade, la femme de son demi-frère. Hérodiade souhaite la mort du saint, mais ne le tue pas par crainte de celui-ci. Lors de son banquet d’anniversaire, le roi Hérode tombe sous le charme de Salomé, la fille d’Hérodiade. Il lui fait alors le serment de lui donner tout ce qu’elle veut. Afin de venger sa mère, elle lui demande de lui apporter la tête de Jean-Baptiste sur un plateau. Obligé de tenir son serment, Hérode ordonne à un de ses gardes d’exécuter le saint. Ce dernier ramène la tête de Saint Jean à la jeune fille qui se précipite pour l’apporter à sa mère.
Dans la croyance populaire, saint Jean-Baptiste est vénéré pour combattre l’épilepsie, les maux de tête, les maux de gorge, la mélancolie, la dépression, les troubles du sommeil, mais est aussi beaucoup prié par les prisonniers condamnés à la peine capitale en référence au martyr du Saint.
La représentation du plateau avec le chef de Saint Jean-Baptiste comme motif indépendant apparait à partir du XIIe siècle dans nos régions et cette iconographie est surtout représentée durant le Moyen-Age par des exemples en bois, en terre cuite, en pierre ou en métaux précieux. Il peut s’agir d’une tête seule ou d’une tête sur un plateau.
Cette sculpture possède une qualité esthétique qui lui permet d’être considérée comme une pièce majeure du patrimoine sculpté hennuyer.
En effet, dans cette pièce, l’artiste fait preuve d’une maitrise complète de l’anatomie et du souci du détail, qui se reflète dans le rendu réaliste de plusieurs détails anatomiques.
De plus, ce dernier semble aussi maitriser le rendu de l’expressivité, par l’utilisation de l’artifice des yeux au coins externe tombant qui a pour dessein d’accentuer l’expression de la douleur.
En raison de ce haut degré de finition et de maitrise, cette œuvre ne semble pas être un travail préparatoire mais une œuvre aboutie en terre cuite.
Bonne nouvelle ! Cette sculpture sera présente dans notre prochaine exposition "Pulsations. Visages d'une Cité" et sera ensuite exposée de façon permanente à la maison des Collections.
La restauration de ce nouvel élément du patrimoine montois a été réalisée par l'IRPA avec le soutien de la Fondation Patrimoine, Art et Histoire en Hainaut et le Pôle muséal de la Ville de Mons.