Introduction
L’objet bouleversant
Le surréalisme a acquis une telle renommée que notre pays l’a incorporé à son identité. La célébration du centenaire du mouvement invite à s’interroger sur cet héritage surréaliste qui est le nôtre.
Cette exposition souhaite repositionner le surréalisme dans son rapport à la société. Car là réside l’essentiel du mouvement, ce qui le rend profondément original. Le surréalisme n’est pas un mouvement artistique et littéraire. Qu’est-il, alors ? Une fabrique d’objets bouleversants. En effet, c’est sous ce terme, avant celui de surréalisme, que se sont cristallisées les initiatives de quelques Bruxellois à partir de la fin 1924. Cette formule souligne précisément le cœur de leur activité : le terme « objet » montre que leur but n’est pas de faire de l’art ou de la littérature, même s’ils empruntent à ces domaines leurs moyens d’action. Tandis que le terme « bouleversant » précise que leur objectif est de toucher les autres, d’opérer chez eux un déclic, afin de les amener à changer leurs façons de voir, de penser, et donc d’agir.
Dans cette première partie de l’exposition, les écrits du poète Paul Nougé serviront de fil conducteur afin de cerner en quoi consistent ces fameux objets bouleversants.
Il ne suffit pas de créer un objet, il ne lui suffit pas d'être, pour qu’on le voie. Il nous faut le montrer, c’est-à-dire, par quelque artifice, exciter chez le spectateur le désir, le besoin de le voir. […]
À ce propos, il convient de s’adresser aux coquettes, aux escrocs, aux gens de foire et de commerce. Ils nous renseigneront plus exactement que les peintres.
Paul Nougé, Les Images défendues