Construction d'une légende
Comment la légende se construit et se concrétise
Dans ce début de guerre au Royaume-Uni, alors que la victoire est incertaine, les forces de l’esprit et les rumeurs superstitieuses peuvent retourner une défaite, une retraite, en victoire, au moins spirituelle et morale. C’est ce qui se passe lorsque, le 29 septembre 1914, le London Evening News publie un récit de l’écrivain de romans fantastiques Arthur Machen, The Bowmen. En faisant la part belle aux apparitions d’anges-archers aidés de saint Georges, Machen souhaite vendre de la copie ; il ne s’attendait pas à une telle réussite de sa fiction.
Alors que Machen ne situe pas les événements à Mons, la presse britannique associe le récit The Bowmen à la bataille du 23 août 1914. Les journalistes partent à la recherche de témoins et la presse va faire écho des visions des soldats de façon transversale et circulaire. Transversale car on retrouve des articles au sujet des apparitions à Mons aussi bien dans la presse nationale que dans la presse locale et spécialisée qui reprend en chœur les dépêches. Circulaire parce que les témoignages publiés localement sont repris à l’échelon national puis recopiés par d’autres gazettes locales, ce qui participe à la propagation des récits à travers tout le Royaume-Uni.
Finalement, les journaux spirites, puis toute la presse populaire, les éditeurs, les artistes, les compositeurs de chansons, s’emparèrent du thème aussi bien dans tout l’Empire britannique (Royaume-Uni, Canada, Nouvelle-Zélande et Australie), que dans tout le monde belligérant, y compris en Allemagne.