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Garder espoir, trouver du réconfort

Les sociétés  en guerre ont été largement traversées d’espérances de type religieux, et de patries situées au cœur d’une mystique intense. Pour tous les peuples belligérants, « Dieu est de notre côté », « God with us », « Gott mit uns ». Croire en Dieu et croire en sa patrie sont bien souvent indissociables ; et si, ceci ne signifie pas que toutes et tous aient été croyants et encore moins pratiquants, il est en revanche évident que les valeurs spirituelles – le bien, le mal, la lumière, la pureté – et le vocabulaire – mystique du combat, union sacrée – ont nourri les représentations d’hommes et de femmes persuadés des deux côtés des lignes de front qu’ils participaient à une  forme de croisade contre leurs ennemis. 

Pour tenir dans « l'universelle mobilisation, » pour vivre au milieu de la mort, on avait besoin d'assurances multiples : celles de l'affection de sa famille, celles de sa patrie, celles de la foi ou de la superstition, qui, loin de s'annuler, se renforçaient mutuellement. Nombreux sont les récits de soldats ou de leurs proches qui évoquent les protections dont ils ont bénéficié : les uns sont persuadés avoir eu la vie sauve grâce à un portefeuille bourré de lettres de leur fiancée, d’autres, grâce à l’intervention de la Vierge, des saints, ou à une amulette, à une prière copiée. Certains accrochaient des fers à cheval au-dessus de leur cagna ou collectionnaient les cartes postales ornées de trèfles à quatre feuilles. Les objets accompagnant les combattants, dans des sociétés massivement chrétiennes, font des soldats autant de Christ et du Christ un soldat.

Soigner le corps

L’infirmière devient durant la Première Guerre mondiale l’incarnation de l’Ange blanc protecteur des soldats. Initialement peu nombreuse dans les corps d’armée, des dizaines de milliers de femmes se portent volontaires pour secourir les hommes partis défendre la nation, emportées par un élan patriotique sans précédent. La grande majorité d’entre elles, qui n’ont aucune expérience médicale et partagent une image édulcorée du métier, ne se doutent absolument pas de ce qui les attend. Rôle cantonné à la femme, l’infirmière est représentée dans de nombreuses cartes postales propagandistes comme le symbole de la protection du blessé. 

Soigner l’âme

Alors que les études psychanalystes ne sont qu’à leur balbutiement, c’est le clergé, lors des combats, mais aussi dans les zones occupées, qui se charge de répondre aux problématiques de l’âme et de l’esprit. Le prêtre fait le lien entre le monde terrestre et le monde céleste et apporte l’aide spirituelle nécessaire. D’une part, sur le front, le clergé aide les soldats à traverser ses traumatismes issus des  combats. D’autre part, dans les zones occupées, le rôle du clergé sera de protéger les civils et de minimiser les douleurs afin de faire preuve d’une certaine résilience pour conserver l’espoir d’une libération prochaine. 

La superstition

Les soldats moins croyants et faisant preuve d’un fatalisme parfois morbide s’en remettaient à la chance, à la superstition ou à l’inéluctabilité des choses pour survivre. La peur et le peu d’espoir fut le terreau fertile au développement et à la production d’objets en tout genre qui apportaient une sécurité douteuse à celui qui le portait. Une véritable économie spécifique se développe et des vendeurs de porte-bonheurs arpentent les rues. Les familles envoient des amulettes et des prières dans les colis des soldats. Sur le front, les soldats produisent des bagues avec des trèfles à quatre feuilles, des symboles religieux. Tout un artisanat de tranchée spécifiquement lié à la superstition se développe. 

La Patrie 

Elle joue un rôle prédominant dans le premier conflit mondial et apporte, pour les soldats comme pour les civils une protection presque divine. Ne pas croire en sa patrie est presque considéré comme un acte d’alliance à l’ennemi. Fortement liée à la superstition, croire en la patrie apporte du réconfort et une protection de l’individu qu’il soit sur le front on non. Une production d’objets voit aussi le jour et les soldats vont créer un artisanat lié à la croyance en la Patrie. Nouveau déesse de la Grande Guerre, elle constitue l’un des fondements mémoriels de celle-ci.