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Les personnages de la légende

Les sociétés européennes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, et particulièrement au Royaume-Uni, sont bouleversées par la révolution industrielle. Toutefois, elles restent sociologiquement ancrées dans un monde où la religion, la superstition et les croyances surnaturelles sont fortes. Elles imprègnent toutes les strates des populations, des plus nantis aux plus pauvres. Associé à ces croyances, le développement du spiritisme en Grande Bretagne accentue le phénomène. Les bases de conviction des phénomènes surnaturels sont établies, il ne manque plus que le prétexte qui permettra leur diffusion. 

Lorsque l’histoire des Anges de Mons apparait dans la presse, les Britanniques s’y accrochent et y croient. Les références culturelles présentes dans le récit génèrent chez les citoyens un sentiment patriotique et religieux grâce aux trois protagonistes de l’histoire. Saint Georges, l’archer et l’Ange sont une sorte de trinité nationale du Royaume-Uni. Alors que l’art nouveau est en plein développement, la société anglaise sort du néogothique où nos trois acteurs ont été au centre même des représentations et au cœur de la construction de l’Empire. Ainsi, ils sont des personnages familiers et les voir présents à Mons lors du premier affrontement d’une guerre qui sera grande, permet à tous les citoyens d’outre-Manche de se rassurer sur l’issue victorieuse qui accompagnera les soldats sur le front. 

Saint-Georges

Martyr du IVe siècle, Georges de Lydda est considéré comme un saint dans les églises catholiques et orthodoxes. Son histoire se développe en Occident médiéval dès la rédaction de la Légende de saint Georges par Jacques de Voragine dans son ouvrage intitulé : La Légende dorée. Le récit expose le rôle de saint Georges dans la libération d’une cité terrorisée par un redoutable dragon qui, avec l’aide du Christ, arrive à tuer la bête. Associé au contexte des Croisades, saint Georges est érigé en modèle du chevalier chrétien. Concomitamment à Windsor et à Mons, une confrérie et une chapelle à l’honneur du saint sont constituées dès le XIVe siècle. Saint patron de l’armée britannique, son importance pour les soldats anglais remonte à 1100, date à laquelle l'armée anglaise aurait demandé sa protection. Depuis lors, saint Georges a inspiré de nombreux soldats au moment de partir au combat et est utilisé comme le symbole ultime de la protection divine. 

L'archer

Soldat d’élite médiéval, l’archer est utilisé pour les combats à distance par l'armée anglaise qui s'appuie sur des groupes d'archers armés d'arcs longs. Les archers étaient plus souvent des paysans ou des yeomen (villageois) que des hommes d'armes. Leur arc long a une portée allant jusqu'à 270 mètres. Cependant, son manque de précision à longue distance en fait une arme de masse plutôt qu'une arme individuelle. Durant la guerre de Cent Ans, les archers à l'arc long furent souvent utilisés en nombre et de multiples victoires leur sont attribuées, telles que la bataille de Crécy (1346) et la bataille d'Azincourt (1415) qui sonnèrent le glas de la toute-puissance de la cavalerie au profit des armes à distance. Grâce à ces succès, l'arc long anglais est entré dans la tradition militaire britannique. 

L'ange

Créature surnaturelle dans de nombreuses traditions, il est l’envoyé de Dieu et agit pour lui comme un intermédiaire. Considéré également comme un messager, il est normalement invisible mais prend une apparence humaine transfigurée par une lumière surnaturelle. Les anges sont présents dans les trois religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam) et sont vénérés par les fidèles. Dès le Moyen Âge, la figure de l’ange prend une place récurrente dans la culture populaire et artistique et se retrouve sur les nombreux édifices religieux. L’Ange peut prendre différents aspect, soit l’ange annonciateur, guerrier, protecteur mais aussi consolateur.